Visite à Paris Plage
De passage à Paris - quasi vide au début août - j'ai emmené deux fillettes au nouveau Paris-plage, sans sable mais avec des planches comme à Deauville, aménagé au pied de la Bibliothèque de France. Il n'y avait à peu près personne, hormis une demi-douzaine de baigneurs dans la nouvelle piscine flottante, chauffée à 28° et pourvue d'un toit ouvrable en verre, installée à grand frais sous la nouvelle passerelle Simone de Beauvoir.
Ce n'est pas tout : les bobos qui gouvernent cette ville sont gens fort organisés : ils ont fait construire aux pieds de leur fétiche, la "très grande Bibliothèque François Mitterrand", comme l'écrit le maire dans son bulletin municipal, de forts jolis immeubles d'habitation dont ils se sont réservé une partie, pudiquement appelée "logements sociaux" ; outre les planches et la piscine, nos bobos ont de jolies rues, pour la plupart piétonnes et ils profitent d'un square luxueusement aménagé. Quant à leurs visiteurs qui trouveront difficilement à garer leur voiture sur les quelques dizaines de places en service, ne croyez pas qu'ils viendront à vélo : Ils disposent du métro le plus moderne et le plus luxueux d'Europe et, peut-être, du monde.
Pendant ce temps, ces mêmes édiles font suer le bourgeois ; les rues sont de moins en moins nettoyées, et les grands axes sont devenus impraticables (en particulier la rive droite dans le sens ouest-est, toujours pour cause de plage - déserte aussi). Les bourgeois n’ont qu’à râler! Ca leur fera les pieds.
Je reviens à nos bobos, contents d'eux, installés dans leur canapé pour siroter leur whisky, dans leurs nids douillets sous l'ombre tutélaire des quatre tours voulues par leur grand homme. Il y a une ombre : sous leurs fenêtres, la queue interminable, depuis la gare d'Austerlitz et même depuis l'île Saint Louis, des automobilistes abhorrés qui tentent de rejoindre le périphérique. Qui dit voiture arrêtée dit pollution ; on sait que ce maître mot est le seul motif invoqué par nos bobos pour entraver la circulation à Paris. Mais l'ombre n'est qu'apparente car ils savent fort bien, même s'ils ne le disent pas, que les voitures modernes ne polluent plus ; dans certaines, le moteur cesse même de tourner à l'arrêt. A défaut d'ombre, il leur reste le plaisir sadique de voir des automobilistes bloqués.