POURQUOI LA TVA SOCIALE EST UNE ABERRATION
La TVA rapporte aujourd’hui 142 milliards d’euros à l’état pour un taux général de 19,6%. Pour simplifier nous ne prendrons pas en compte le taux réduit de 5,5% sur les médicaments indispensables, la nourriture de base, les plats cuisinés à emporter, les livres, les travaux dans l’habitat ancien.
L’ensemble des charges sociales d’assurance maladie et retraite de la sécurité sociale représente un budget de 400 milliards d’euros. Auquel il faut ajouter l’URSSAF qui verse les prestations sociales (gestion des caisses d’allocations familiales), que nous ne ferons pas intervenir non plus..
Un simple calcul nous montre que pour passer de 142 à 542 milliards, il faudrait plus que tripler la TVA. Rapporté à 60 millions d’habitants elle passerait de 2366 euros par habitant et par an à 9000. Le taux de 19,6% deviendrait 74,8% soit une augmentation de prix d’achat de 55,2%.
Les mordus de la TVA sociale vont vous rétorquer que ce n’est pas grave car les produits achetés verront leur montant hors taxe baisser en conséquence, et donc le prix d’achat restera le même. La TVA étant neutre pour les entreprises (pas pour leur trésorerie mais ceci est une autre histoire), les matières premières n’augmenteront pas.
Bien naïf qui peut croire une chose pareille ! Comme si le coût du travail était le seul facteur qui influe sur le prix ! C’était sans doute vrai dans les mines de charbon au XIXe, et encore. Dans nos sociétés modernes les services représentent 70 % de l’économie. Lorsque vous fabriquez une voiture, vous payez bien évidemment le personnel de production, celui du R&D, du marketing, des services administratifs et commerciaux. Mais vous payez aussi la matière première, l’amortissement et l’entretien des machines, l’immobilier, le chauffage des locaux, les frais divers de téléphone et de papeterie, la location d’espaces publicitaires, de tranches horaires pour la publicité à la TV… et j’en oublie. Bref, dans tout ça, le coût du travail représente finalement bien moins de la moitié du prix de revient. Mettons que ce soit 30% (ce qui est encore optimiste) : cela veut dire que votre prix de revient baissera de 15% (à moins que vous ne supprimiez aussi le salaire mais ce serait mal vu), ce qui ramènera à « seulement » 40% l’augmentation de prix de votre voiture : une 206 de 8 000 euros HT vous reviendra à 14 000 euros TTC au lieu de 10.000.
Ceci dans l’hypothèse où vous remplacez les charges sociales par la TVA sans en faire profiter le salarié. Parce que si vous reportez l'économie de charges intégralement sur le salaire de votre employé, l'opération sera neutre pour lui, et votre coût de travail ne diminuera pas. Que vous le fassiez partiellement ou pas du tout, de toute façon son pouvoir d'achat baissera.
Quant aux retraités, chômeurs, Rmistes, étudiants, emplois aidés exonérés de charges : comment supporteront ils cette inflation ?
Ils n’ont qu’à acheter des produits chinois ? Que nenni, puisque la super TVA frappera aussi les produits importés. Il leur restera les yeux pour pleurer. Nous aurons gagné : nous n’importerons plus. Nous n’exporterons pas non plus d’ailleurs, car il faut s’attendre à la réponse des pays étrangers : elle sera claire, ils taxeront ce qui vient de France. Nous pouvons nous attendre à une récession comme nous n’en avons encore jamais vu.
Le pire dans tout ça, c’est que nous ne souffrons pas du coût du travail en France. Grâce à une super productivité et un sous-emploi notoire, nous sommes fort bien placés dans ce domaine en Europe, et c’est ce qui nous sauve et fait qu’il reste quelques investisseurs (fort peu) chez nous. Ce qui ne va pas, c’est qu’à coût du travail égal, nos salariés soient fort mal payés, parce que les charges sociales sont invraisemblables. Parce que notre sécu est une gabegie incroyable. Parce que nous avons 2 fois trop de fonction publique. Parce que nous avons un système redistributif aberrant qui rémunère mieux l’assistanat que le travail. Commençons par y mettre bon ordre, et nous retrouverons le chemin de l’emploi. Pour boucher un trou, il ne s’agit pas de creuser à côté. Il s’agit de s’attaquer aux causes et de le réduire. En l’occurrence, réduire la dépense publique. En substituant la TVA aux charges sur le travail, on ne fait que déplacer le problème et on reporte les réformes nécessaires aux calendes grecques.
Plus dangereux encore, le souci d’égalitarisme sous-jacent. C’est le non dit, ou la partie non visible de l’iceberg. Supposons que les charges de retraite soient reportées sur la TVA. Au bout de 40 ans, lorsque vous ferez valoir vos « droits à » la retraite, vous demandera t-on de sortir 40 années de factures ? Non, sans doute pas. Tout le monde sera soumis à une retraite à taux unique. Que vous soyiez cadre, avec un salaire de 60 000 euros annuels, et un loyer de 15 000 euros, ou simple employé gagnant 24 000 euros avec un loyer de 7 000 euros annuels, vous toucherez la même portion congrue, qui doit correspondre aujourd’hui à 18 000 euros. C’est à peu près le programme communiste : tout le monde à 1500 euros par mois. Sauf bien entendu les fonctionnaires et régimes spéciaux dont le montant des retraites est fixé par statut aux frais du contribuable. Autrement dit c'est un tour de passe-passe pour faire payer les dits régimes aux salariés sans le dire.
Je ne sais pas si nous vendrons encore beaucoup de voitures. Voilà qui fera plaisir à Baupin. Décidément Gogauland est en dessous de la vérité.
Le dernier épisode est en ligne et un concours est ouvert pour la conclusion la plus originale. A vos plumes!