MONDIAL DE l'AUTOMOBILE
Elles sont venues, elles sont toutes là, lustrées, brillantes, les belles carrosseries impossibles à garder en l’état dans les parkings Vinci de notre capitale. Au moment où l’automobile américaine se paie l’une des plus graves crises de son histoire, GM, Ford, Chevrolet alignent leurs nouveautés sur des stands luxueux. L’automobile française aussi est en crise, cherté du pétrole oblige. Ce qui n’empêche pas la foule de se bousculer au rayon des machines à rêver : Ferrari, Lamborghini, Porsche et autres Maserati… Quoi qu’il en soit la crise du pétrole chauffe l’imagination de nos constructeurs. Le foisonnement d’offres de véhicules verts a de quoi réjouir les plus tristes esprits anti-bagnole. Ce symbole de la primauté de l’individuel sur le collectif, qui déplaît tant à nos idéologues de l’écologisme anti-capitaliste, est aussi source de progrès technique et reflète le talent de nos ingénieurs. Le choix est vaste désormais. De la flex-fuel disponible fin 2007 chez PSA et en 2009 chez Renault, qui commercialise ses premiers modèles en Suède dès janvier prochain, de la Prius de Toyota, toujours en pointe, mais bientôt concurrencée par PSA (qui sort bientôt un cabriolet hybride), Renault et d’autres, à la pile à combustible de la prochaine Honda, disponible dès 2008, nous aurons l’embarras du choix. Reste que l’hydrogène se fabrique toujours avec des carburants fossiles (gaz ou charbon). 500 pompes de biocarburants E85 (bioéthanol 85%, essence 15%), ce n’est pas beaucoup, mais la flex-fuel ne vous laissera pas en rade puisqu’elle permet aussi de rouler à l’essence classique. Et le nombre de pompes augmentera si les véhicules se vendent. Quant au biodiesel, les nouveaux véhicules diesel en acceptent jusqu’à 30 %. Reste à convaincre les distributeurs de proposer des diesels mélangés.

Ci-dessus la future Honda à hydrogène (pile à combustible)
Tout ceci nous montre bien que point n’est besoin de taxes ou de méthodes coercitives pour inciter les consommateurs à se tourner vers des modèles moins gourmands et moins polluants : le marché est le moyen le plus efficace de punir les constructeurs non vertueux. Les Américains en font en ce moment la triste expérience : leurs SUV et autres monstres de la route restent en stock tandis que la Prius hybride a le vent en poupe. Pas besoin d’avoir signé Kyoto : ce sont les clients qui décident en fin de compte. Pourtant ils auraient dû se méfier, c’est la deuxième fois que cela leur arrive. En tout cas notre ego a de quoi être flatté, quand nous voyons que Renault est appelé à la rescousse du géant américain GM, même si au bout, aucun accord n’a finalement abouti… et que Ford commence à lorgner vers la France pour sauver ses usines. Belle revanche pour nos constructeurs qui n’ont jamais réussi à s’imposer aux USA en raison – notamment – des bâtons que l’administration américaine s’ingéniait à leur mettre dans les roues. Ce qui prouve que le protectionnisme finit toujours par se retourner contre le protégé. Pourtant, à l’heure où le Parisien entame le XXIe siècle contraint et forcé de revenir à la bicyclette et où l’on nous bourre le crâne en prenant systématiquement l’exemple de gens heureux et libérés sur leur vélo, les Chinois, eux, remisent leur petite reine et se mettent à la voiture : 200 millions de Chinois peuvent aujourd’hui s’offrir une automobile et ne s’en privent pas. Ils s’offrent des Citroën et des Peugeot made in China, entre autres, et bien sûr des modèles locaux. Et pendant que nos usines ferment en France, elles s’ouvrent en Chine. Est-ce la faute des Chinois ou celle de nos idéologues qui rêvent d’un utopique retour rousseauiste à la nature, dans des cavernes, vêtus de peau de bêtes (pas de fourrures, juste la laine) ? Remarquons au passage que du coup les autorités chinoises, inquiètes d’un risque d’augmentation de la pollution, dégainent les normes les plus strictes du monde, applicables dès 2008, et que nos constructeurs qui les ont négociées avec eux, s’y plieront. Cela ne peut faire qu’avancer le progrès, une fois de plus. Car ces normes nous reviendront sans aucun doute.