CARTE SCOLAIRE
Xavier Darcos parle de la supprimer. Espérons qu'il ne va pas reculer sous la pression des syndicats.
Chez AL nous souhaitons fortement que ce système profondément inégalitaire finisse. En effet, nous pensons que chacun doit pouvoir trouver un enseignement de qualité correspondant à ses dons et à ses aspirations. En obligeant les enfants à aller dans une école imposée par l'administration en fonction de leur adresse, on empêche les bons éléments des zones défavorisées d'accéder à un bon niveau. C'est une trappe à pauvreté, et la pire de toutes, car elle discrimine les enfants en fonction de la catégorie socio-professionnelle des parents.
Le pire aléa de la carte scolaire est connu : les parents bien informés et disposant d'appuis auprès des élus locaux ou du rectorat contournent la carte. Ceux qui ne peuvent pas le faire et qui ont quelques moyens mettent leurs enfants dans le privé, qui sélectionne souvent sur dossier. Les autres subissent, et parmi eux beaucoup d'enfants d'immigrés, d'autant plus pénalisés que, non seulement ils sont relégués dans des écoles où règne la pagaille quand ce n'est pas la violence, mais leurs parents sont incapables de les aider. Des associations de bénévoles essaient de prendre la relève, mais c'est une goutte d'eau dans l'océan.
Il est indispensable de pouvoir choisir l'école de son enfant non pas sur des critères économiques mais en fonction des capacités de l'élève. Les écoles doivent donc pouvoir se faire concurrence, quitte à se spécialiser dans les cas difficiles avec des classes moins chargées et un programme adapté, ou au contraire faire le pari de l'élitisme. La seule obligation qui devrait leur être faite est de ne pas refuser les enfants du quartier, au moins dans le primaire en ville, et même dans le secondaire si les collèges sont très éloignés. Dans la plupart des collèges privés aujourd'hui la règle veut que l'on donne priorité aux enfants dont les frères ou soeurs sont déjà scolarisés dans l'établissement de façon à ne pas compliquer inutilement la vie des parents.
Donc supprimer la carte scolaire, pour nous, c'est bien. Mais cela doit s'accompagner d'une autonomie des écoles afin qu'elles puissent adapter leur programme (avec bien entendu un socle national) et proposer aux parents un vrai projet pédagogique. Sinon, le risque est que tout le monde veuille s'inscrire dans la même école et que celle ci en vienne à sélectionner ses élèves sur des critères arbitraires : aux USA, certaines écoles primaires prestigieuses procèdent par tirage au sort. Bien entendu, cela ne nous convient pas.
Ce que nous proposons est un chèque éducation qui suit l'enfant tout au long de sa scolarité dans l'établissement de son choix, public ou privé. Ce chèque doit couvrir la totalité des charges scolaires et être attribué à l'école choisie. Un élève en grande difficulté ou handicapé se verrait attribuer un chèque supérieur, de façon à permettre aux établissements qui veulent accueillir ce type d'enfants de disposer d'un budget adéquat (classes plus légères, personnel spécialisé, enseignement spécifique si nécessaire). Dans ce cas il faudra évidemment que l'école s'engage et ne se contente pas de toucher un gros chèque et de mettre l'enfant dans une classe normale... Mais il y a gros à parier que dans ce cas les parents d'élèves réagiront très vite. Ce sera le meilleur des contre-pouvoirs.
Finissons en avec l'hypocrisie et la démagogie et permettons à ceux qui le peuvent et le veulent de grimper les échelons de la hiérarchie sociale, aux autres d'apprendre un vrai métier - le circuit de l'enseignement professionnel est aussi à revoir sérieusement, et à valoriser, car les métiers manuels ne sont pas des sous-métiers.